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Cette liste est établie selon des critères rigoureux fixés par la "Convention concernant la protection du patrimoine mondial culturel et naturel" adoptée par la Conférence générale de l'UNESCO en 1972 et à laquelle plus de 100 pays ont déjà adhéré. Les monuments, sites et paysages méritant de figurer sur cette liste sont sélectionnés par un Comité du Patrimoine sur proposition des Etats signataires de la Convention. Les monuments, sites et paysages inscrits sur cette liste représentent les plus belles oeuvres réalisées par l'homme ou créées par la nature. Ils sont considérés comme Patrimoine mondial commun à l'ensemble de l'humanité. Aussi doit-on convient-il d'œuvrer à les protéger de la destruction ou des dégradations de toutes sortes. Cette protection relève à la fois des Etats sur le territoire desquels se trouvent ces biens et de la communauté internationale qui participe à leur sauvegarde. Le Comité du Patrimoine Mondial, composé de spécialistes, est chargé d'une double tâche consistant, d'une part à définir ce Patrimoine, c'est-à-dire à sélectionner les biens culturels et naturels qui doivent en faire partie et d'autre part à veiller à leur intégrité en gérant le "Fonds du Patrimoine Mondial" qui aide à la protection de ces biens à travers le monde. Lorsqu'un bien inscrit sur la liste est menacé de danger grave et précis, il peut être inscrit sur une liste complémentaire, dite "Liste du Patrimoine Mondial en péril". La Tunisie a adhéré à la Convention qu'elle a signée le 10 mars 1975. Huit sites font partie de la liste du Patrimoine Mondial : Carthage, la Médina de Tunis, l'amphithéâtre d'El Jem, Kerkouane, la Médina de Sousse et celle de Kairouan, Dougga, ainsi que le Parc naturel d'Ichkeul. Fondée
par les Phéniciens à la fin du IXe siècle av. J.C. à l'extrémité de l'Afrique,
Carthage joue un rôle de premier plan dans toute la Méditerranée occidentale. Elle y introduit, développe et répand dans ce continent et auprès
de ses populations une civilisation originale sémitique et phénicienne au début, punique et
libyco-punique par la suite. Elle crée un empire maritime autour du rivage méditerranéen sur
lequel elle exerce un contrôle économique et politique et qui concerne l'Afrique du Nord, la Sicile,
la Sardaigne, Malte, les Baléares et la Péninsule Ibérique. Elle entreprendra de lointaines
expéditions au-delà des Colonnes d'Hercule, sur les côtes de l'Atlantique. Elle défendra
farouchement cet empire et ses intérêts vitaux contre les cités grecques ou italiennes qui
s'implantent en Sicile. Elle se heurtera à Rome . Leur conflit, avec Hannibal comme capitaine, aura pour
théâtre l'ensemble de la Méditerranée . Le dernier champ de bataille sera la cité
de Carthage elle-même. Assiégée, prise d'assaut, vaincue, elle sera détruite, sa population
décimée ou dispersée, son sol maudit.Elle sera reconstruite par Rome. Colonia Julia Concordia Karthago, ville prospère, à la tête d'une province riche mise en valeur par l'agriculture et la multitude des cités, vêtue d'une parure architecturale, à l'image de Rome, elle sera qualifiée de "Splendissima". Dans cette Méditerranée devenue "mare nostrum", le lac romain entouré de tous les territoires devenus provinces de l'Empire sous la "pax Romana", la civilisation latine régna durant plusieurs siècles. L'avènement du christianisme fusionna en Afrique les éléments orientaux et occidentaux. A la domination des Vandales qui vinrent de l'extrême nord-ouest, succéda celle de l'Empire byzantin à la fois héritier de Rome et représentant la civilisation gréco-orientale. Enfin la conquête arabe rompit les liens qui attachaient l'Afrique au Monde latin et y implanta la langue et la religion de l'Islam. C'est Carthage la première qui a introduit l'Afrique dans la lumière de l'histoire ; c'est la seconde Carthage qui lui élargit l'horizon aux dimensions du monde. A 12 Km au
nord de Kélibia, les entassements rocheux dominent la mer, derrière lesquels s'étale une terre
noirâtre recelant de riches cultures.Les premières fouilles organisées ont débuté au cours de l'année 1953. Mais la majeure partie de la ville a été exhumée entre 1958 et 1959. Certains de ses quartiers sont encore sous les décombres. Cependant, les données que nous possédons actuellement nous permettent d'établir la physionomie d'une ville punique telle qu'elle se présentait à la fin du IVe siècle et la première moitié du IIIè siècle avant J.C. Des sondages effectués dans différents secteurs de la ville ont montré qu'elle remonte au VIè siècle avant J.C. Nous sommes donc en présence d'une cité datée avec beaucoup de précision. Les archéologues ont, cette fois, eu de la chance : le site est resté inhabité après la chute de la ville punique, dont la terre n'a pas été foulée par les Romains ni par d'autres envahisseurs. Elle a donc gardé ses secrets et ses trésors jusqu'au début de la deuxième moitié de ce siècle. Kerkouane représente un immense acquis du point de vue de l'aménagement et de l'architecture urbaine. Les fouilles projetées donneront lieu à des études qui préciseront davantage la physionomie de Kerkouane, en particulier, et du monde punique, en général, et en réduiront les zones d'ombre. On sait d'ailleurs que cette ville entretenait d'excellentes relations avec la Grèce comme en témoignent les importations. Mais il ne faudrait pas sous-estimer le poids de l'Orient sémitique. En tant que groupement humain et en tant que tissu urbain et produit culturel, Kerkouane paraît étroitement rattachée aux traditions orientales mais ne semble pas avoir rejeté l'apport libyque ni refusé de dialoguer avec d'autres civilisations. Considéré
comme la marque distinctive de la Tunisie romaine, au même titre que les grandioses aqueducs de Zaghouan,
l'amphithéâtre d'El Jem passe, aux yeux des anciens et des modernes, pour le plus beau monument de
l'Afrique antique. Les historiens et les géographes arabes du Moyen Age le classaient parmi les grandes
merveilles léguées par le passé. De leur côté, répondant à l'appel
des villes mortes, les voyageurs européens des siècles derniers étaient subjugués par
la majesté de ce monument qui se dressait au milieu des immensités steppiques nues où "flottait
une odeur de sel et d'argile". Son incommensurable solitude lui conférait, alors, une grandeur digne
de l'Egypte pharaonique. De nos jours encore, rien ne prépare le visiteur à voir surgir à
une quinzaine de kilomètres devant lui un "autre colisée" dans un contexte radicalement
différent de celui de la "ville Eternelle". En effet, sa masse énorme qui se profile à
l'horizon écrasant les basses constructions modernes qui se serrent à ses pieds évoque davantage
les pyramides.Mais pour les archéologues et les historiens modernes, l'amphithéâtre d'El Jem est avant tout une œuvre architecturale et artistique de première grandeur qui témoigne de l'extraordinaire ascension d'une cité et d'une province et qui a, de tout temps, été le théâtre d'événements historiques considérables. Kairouan,
première ville musulmane au Maghreb, a joué un rôle prépondérant dans l'évolution
de l'histoire et la diffusion de la civilisation arabo-musulmane. Elle est demeurée la capitale et l'un
des plus brillants foyers de culture arabo-musulmane du Maghreb durant cinq siècles . La valeur et l'authenticité
de ses monuments, la richesse et la variété de ses trésors archéologiques font encore
d'Al-Qayrawan un véritable musée vivant des arts et de la civilisation arabo-musulmane. Les riches
formes architecturales de ses monuments et la diversité de leur répertoire ornemental reflète
et témoigne à la fois du rôle qu'a joué Kairouan dans l'élaboration, le mûrissement
et la diffusion de l'art musulman. L'école Kairouanaise a inspiré tous les édifices musulmans
du Maghreb et du bassin occidental de la Méditerranée et leur a servi de modèle. De nos jours,
Kairouan compte parmi les rares villes musulmanes qui a su jalousement préserver son patrimoine. Elle conserve
d'importants monuments datant de son âge d'or tels que :
La médina de Kairouan conserve également ses bains publics, ses
souks, ses anciens cimetières dont certains sont encore en usage et une grande partie de son tissu urbain
musulman. Tunis,
naguère petite bourgade berbère, (oppidum tunicense), étalée à flanc de côteau
sur la colline descendant en douceur jusqu'aux rives du lac (la Bhira), est l'un de ces sites privilégiés
que la géographie a favorisés et que l'histoire a élus. Rien au départ ne prédestinait
cette ville à devenir la capitale de l'Ifriqiya, l'ancienne Africa. Voisine de la puissante Carthage punique
puis romaine, elle faisait rarement parler d'elle durant toute l'antiquité, sauf lorsque ses habitants,
pour la plupart d'origine berbère, se soulevaient contre leurs colonisateurs puniques ou romains.Cependant, cette position retranchée qui ne fut guère à son avantage durant l'antiquité, lui donna après la conquête arabe, une position défensive et stratégique de premier ordre. On devait attendre le milieu du XIè siècle pour voir Tunis s'ériger d'abord en chef-lieu d'une principauté locale, celle des Bani Khorassan (milieu du XIè siècle - milieu du XIIè siècle), puis en capitale de la province Ifriqiyenne du califat almohade de Marrakech (1160 J.C - 1229 J.C .), et enfin capitale du royaume de la dynastie des Bani Hafs (Hafsides) de 1229 J.C. à 1574 J.C. Avec la Sicile dont elle n'est séparée que par un couloir large de 140 Km, elle contrôlait le passage entre la méditerranée occidentale et la Méditerranée orientale, avantage considérable du point de vue du commerce international. Tunis passait sous les hafsides pour une grande ville (au XVè siècle, sa population est d'environ 100.000 habitants), agréable, assez bien défendue par des remparts et une citadelle, la Kasbah, où résidait le sultan quand il ne se trouvait pas dans l'un de ses parcs extérieurs de Ras Tabia ou d'Abou Fihr. Capitale politique et économique du grand royaume des Hafsides (l'Ifriqiya, en plus de la Tunisie actuelle, groupait les provinces de Tripoli à l'Est, de Bougie et de Constantine à l'Ouest), Tunis était également un grand foyer religieux et culturel. Cinq nouvelles grandes mosquées à Khotba (sermon du vendredi, principalement) vinrent s'ajouter à la Zitouna dès le XIIIe siècle. Des medersas (collèges, à la fois pour le logement et l'enseignement des étudiants), des zaouyas ( mausolées, lieux de sépulture de saints personnages et de dévotion populaire), des kouttabs (écoles coraniques), des fontaines publiques, des hammams et d'autres fondations pieuses ou d'intérêt public témoignent de l'essor considérable de la civilisation ainsi que du renouvellement constant du style architectural. Sousse
se trouve sur le littoral centre-est, à 140 km au sud de Tunis. Son climat est tempéré et
semi-continental. La ville de Sousse est entourée depuis la haute antiquité par les oliveraies et
les terres agricoles. L'artisanat et la pêche y sont prospères.L'histoire de Sousse couvre trois millénaires depuis que les bateaux phéniciens partis de l'est de la Méditerranée jetèrent l'ancre sur les côtes ouest et y installèrent des comptoirs. Le comptoir de Sousse, connu autrefois sous le nom de "Hadrumetum", fut l'un des plus importants comptoirs installés depuis le IIe siècle avant J.C. Depuis cette époque, Sousse devint un centre important qui accueillit un grand nombre de phéniciens puis de romains venus écouler leurs marchandises et développer leur commerce. Sousse était une plaque tournante du commerce avec les autres centres méditerranéens. Les marchandises de tous pays s'amassaient sur la côte et les échanges commerciaux allaient bon-train, favorisant par là même le développement des civilisations anciennes et leur rayonnement. Par sa fonction maritime à travers l'histoire, Sousse a ainsi complété le rôle historique et civilisationnel joué par la région du Sahel. Lors de la conquête islamique de l'Ifriqiya, Abdallah Ibn Ezzoubeir a entrepris en 667H de conquérir la ville de Sousse après avoir livré de rudes batailles aux byzantins dirigés par le patriarche Necefor. Les aghlabides ont gouverné le pays à partir de l'an 800. Ils firent de Kairouan leur capitale et de Sousse leur port de guerre. La fondation de la dynastie Aghlabite s'est accompagnée d'un grand mouvement d'urbanisation. Sousse fut arabisée et comme c'est le cas pour toutes les villes nouvelles, elle fut reconstruite. La ville s'épanouit tout en s'étendant vers le sud-est. Les principes et les gouverneurs rivalisèrent pour construire les écoles, les mosquées, les remparts et les ribats. Les merveilleux monuments historiques que nous rencontrons dans les quartiers de Sousse intra-muros et qui remontent à différentes époques ne sont, en fait, que les témoins de l'extraordinaire rayonnement de la ville tel que l'ont constaté, et relaté les géographes arabes et étrangers, en parlant de Sousse et de ses caractéristiques. Le
site archéologique de Dougga, l'antique Thugga, situé à environ 130 kms au sud-ouest de Carthage,
est l'exemple le mieux conservé qui illustre la naissance d'une cité autochtone, son développement
et sa vie durant plus de dix-sept siècles. Cité "d'une belle grandeur" à la fin
du IVe siècle avant J.-C au dire de l'auteur grec Diodore de Sicile, et première capitale du royaume
numide selon certains savants modernes, THUGGA est devenue une résidence royale sous Massinissa (198-148
J.-C) et ses successeurs. Elle connut alors une période de grande expansion et de prospérité
et devint un foyer vivace de la culture libyco-punique.Représentatif d'une cité du Maghreb à l'époque des rois numides et sous la domination romaine, le site de Dougga conserve dans son intégralité les restes d'une cité antique avec toutes ses composantes et offre le meilleur exemple connu de l'organisation d'une cité de fondation autochtone et de son adaptation tant bien que mal au modèle urbain romain. Ses vestiges qui couvrent une superficie d'environ 70 ha constituent un ensemble exceptionnel qui témoigne de plus de 17 siècles d'histoire. Ils sont d'une grande variété : temples et sanctuaires dont les plus célèbres sont ceux de Baal-Saturne, de Tanit-Caelestis et de la triade capitoline, place publique, édifices de spectacles (théâtre, cirque et peut-être même un amphithéâtre), grands thermes publics, demeures privées plus ou moins somptueuses, monuments funéraires de différentes traditions, etc...Bon nombre de ces monuments sont uniques en leur genre et témoignent de l'heureuse synthèse entre les cultures numide, punique, hellénistique et romaine.
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